la prévoyance officielle nous permet d'en admirer l'ordonnance
182 HISTOIRE GÉNÉRALE DE (/ASSURANCE EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER
Ce regard jeté dans le domaine de la prévoyance officielle nous permet
d'en admirer l'ordonnance et aussi d'en concevoir une certaine crainte.
En effet, on peut avec quelque raison constater qu'en France l'assu-
rance est bien gardée.
Elle siège au Conseil d'Etat, elle trône au Ministère du Commerce
on s'en occupe discrètement mais activement à l'Office du Travail.
Le rêve socialiste ébauché par Napoléon III, en 1851, prend aujoi.ii-.
d'hui toutes les formes de la réalité. Au Ministère de l'Agriculture on veut
l'assurance agricole, comme troisième base, c'est-à-dire comme gage
crédit agricole, ou tout au moins la création de caisses départementales
englobant également les risques grêle, bétail, incendie. A la Chambre on
réclame le monopole de l'assurance incendie, de l'assurance obligatoire
contre les accidents du travail. A l'Hôtel de Ville on penche pour l'assu-
rance communale, ou bien on se rejette, faute de mieux, sur l'entretien des
pompiers par les Compagnies. A la Chambre encore on veut créer une
caisse de retraite en attendant sans doute l'assurance mixte. Bref, à
tout bien considérer pour l'écrivain impartial, on se trouve en présence
de tentatives de dépossession d'une industrie, dôpossession déguisée sous
la forme vague ou trop précise d'intérêt général ou budgétaire.
11 faudrait, en effet, être bien aveugle pour ne pas se rendre compie
de la nature des sympathies que l'Etat porte aux assurances.
Les agents d'assurances. — Les Chambres de commerce, leurs pro-
testations contre l'État assureur. — La défense des Compagnies. —
L'Union syndicale des Compagnies à prime fit e. — L'assurance protégée
par la loi de 1884 sur les syndicats professionnels. — Ces créations
d'État, les projets déposés en vue de créer l'Etat assureur (1) éveillent
enfin l'opinion publique ; le voile se déchire et, après les écrivains, les
journalistes, les conférenciers, les économistes: les agents, les assureurs,
les assurés, par l'organe des Chambres de commerce, enfin les Compa-
gnies protestent à leur tour.
Les intéressés directs viennent enfin renforcer le bataillon déjà
nombreux clés adversaires de l'assurance par l'État.
Ces lutteurs voient enfin que le transfèrement brutal des institutions
libres, créées par l'industrie privée, entre les mains de l'Etat tout-
puissant, seul maître et despote, est un acte de pure anarchie (2).
(1) Voir page 127.
(2) Dialogue des morts. L'anai'chie n'est le comble des maux que parce qu'elles ^
le plus extrême despotisme.



